Qu'est-ce qu'un bon metteur en scène ? Quel est son rôle ? Quel doit être son rapport aux comédiens ? Comment peut-il souder son groupe et le conduire dans une direction choisie tout en stimulant la créativité des acteurs qui le composent ? Autant de questions difficiles auxquelles nous avons cherché une tentative de réponse, au gré des discussions, des lectures et des exercices pratiques.
Le premier jour, notre animateur Jacques Neefs, metteur en scène reconnu et professeur au Conservatoire de Bruxelles, nous avait concocté toute une série d'exercices sans parole qui nous ont permis d'apprendre rapidement à nous connaître les uns les autres et à nous sentir. Grâce à eux, il fallut très peu de temps pour que la glace qui nous séparait fût rompue !! Ce fut en quelque sorte notre première leçon d'apprenti metteur en scène : le temps consacré à la prise de connaissance n'est jamais perdu !!
Le lendemain, nous avons commencé le travail qui devait nous occuper jusqu'à la fin du stage. Après divers exercices de groupe, dehors, destinés tant à réveiller nos différents membres et articulations, notre capacité de coordination que notre écoute des autres, nous avons abordé les scènes collectives de Brecht. La lecture de textes, rédigés par le théoricien allemand servit de base à nos différentes mises en scène.
Après le repas de midi, les scènes collectives ont laissé place à un travail plus intimiste, par petits groupes, sur l'univers très particulier de Karl Valentin. Partout la sauce a pris ; l'échange entre comédiens et metteurs en scène a donné des résultats chaque jour plus étonnants. Les confrontations des points de vue à chaque présentation ont permis aux apprentis metteurs en scène d'obtenir de nouvelles pistes de travail et de nouveaux conseils sur la manière de travailler.
Les soirées, quant à elles, varièrent suivant l'état et les envies du groupe. Elles furent diversement consacrées à l'étude de nouvelles scènes, à des répétitions supplémentaires, à la confrontation de textes écrits par les grands théoriciens du théâtre ou à la détente (jeu de piste, jeu de cartes,…).
Ponctuellement, les explications de Jacques se sont portées sur les éclairages, sur la manière d'aborder et de diriger un groupe depuis la première lecture jusqu'à la dernière représentation, le tout ponctué d'exemples et de cas concrets.
Le metteur en scène est avant tout le chef. Il doit se placer en dehors du groupe afin de garder un œil extérieur sur son fonctionnement et ses créations. C'est aussi un accoucheur : sa position de chef ne le place pas en dictateur, il doit éveiller la créativité de ses acteurs et les conduire dans une même direction sans les enfermer dans un carcan, sans imposer ses idées. Il doit préparer sa mise en scène tout en restant prêt à en changer à tout moment. Il ne peut pas dévoiler ses cartes trop vite. Les acteurs ne sont pas des pions et c'est pourquoi leur guide doit développer ses talents psychologiques, rester attentif à chacun, garder son calme en toute circonstance et tenter de trouver la meilleure manière d'arriver à un bon résultat dans une bonne ambiance de travail. "Le metteur en scène arrive très stressé à la première répétition, il passera son temps à se rassurer. A l'inverse les acteurs arrivent très cool, mais leur stress ne fera que monter jusqu'à la première. A un moment, les deux se rencontrent".
A l'heure du bilan, nous avions la sensation qu'il n'était pas possible de mieux exploiter ces huit jours. Nous en avions profité au maximum. Les différents débats restaient ouverts, mais tous nous avions beaucoup appris et tous, nous étions sortis différents, saluant l'ouverture d'esprit des autres. L'ambiance ne pouvait pas être meilleure. Seul le confort des fauteuils (qui n'existaient pas) et des lits, puisqu'il faut bien trouver quelque chose à redire, aurait pu être amélioré. Une expérience inoubliable. Merci à Jacques. Merci à Christine. Et que vive l'ABCD !!!
Benoît Strulus, stagiaire.