Un spectacle de théâtre naît de la rencontre entre de multiples désirs de donner. L'auteur offre son texte à la collectivité, l'acteur fait le don de soi pour faire vivre le texte. Quant au metteur en scène, il utilise les ingrédients à sa disposition pour offrir au public une vision singulière du texte, une interprétation particulière des mots. Pour parvenir à ce résultat, la relation entre le metteur en scène et les acteurs revêt une importance cruciale car le spectacle ne sera lisible pour le public que si les indications de mise en scène ont été bien comprises et assimilées par les comédiens.
Le metteur en scène peut évidemment nommer les émotions qu'il veut voir apparaître sur scène. Mais chacun sait qu'il y a de multiples façons d'exprimer la colère ou la joie. Il peut aussi montrer au comédien ce qu'il souhaite lui voir faire, mais le mimétisme comporte aussi des dangers, le moindre n'étant pas de briser la créativité du comédien.
Au cours de cette semaine passée à la Marlagne, rien de tout cela. Au contraire, cinq paramètres objectifs que le metteur en scène peut moduler comme aux commandes d'une table de mixage: l'espace, le regard, le mouvement, la parole, le rythme.
Pour extraire au mieux tout le suc de cette matière vivante, le metteur en scène doit favoriser la relation que l'acteur entretient avec son corps, son souffle, sa place dans l'espace, mais aussi avec ses partenaires et avec le public. Echauffements, relaxation, improvisations non verbales, jeux collectifs, création de tableaux vivants étaient donc au programme de nos matinées, véritables ouvertures vers une plus grande disponibilité envers soi-même et envers les autres, vers une conscience plus aiguë de notre monde intérieur et de celui qui nous entoure.
Pour concrétiser cet apprentissage, mise en pratique et travail de mise en scène d'extraits de pièces classiques ou contemporaines. Au fil des jours, les propositions s'affinent, les regards et les silences se font plus habités, les déplacements plus cohérents. L'audace et le sérieux cohabitent en harmonie. Jusqu'au vendredi soir où la présentation des différentes mises en scène suscite la surprise, l'enthousiasme, la volonté de continuer dans cette même voie limpide, concrète et constructive.
Impossible de résumer en quelques mots un stage aussi complet. Il faudrait aussi parler de nos fréquentes incursions dans le monde du cinéma ou de la BD, des exercices de scénographie, du pouvoir étonnant de la métaphore, de comment la musique peut venir à notre secours quand on n'arrive pas à imprimer le rythme voulu à une scène, mais la place manque…
Au-delà du formidable bagage technique et "grammatical" acquis durant cette semaine palpitante, la plus belle leçon de ce stage est sans doute une leçon de vie. Car l'acteur se dévoilera mieux et laissera plus volontiers transparaître ces failles qui font du théâtre une métaphore de la vie, si son spectateur privilégié, le metteur en scène, porte sur lui un regard attentif, empathique, compréhensif, empreint de compassion ou d'admiration, dénué de jugement, pour ce fragment de nature humaine qui se donne à voir. Par bonheur, tous les participants à ce stage étaient doués de ces inappréciables qualités. Le théâtre est peut-être finalement avant tout une histoire d'amour et de respect de l'autre.
Laurence