J’avais vu « Mère Courage » au National, mais c’était il y a bien longtemps… Etait-ce dans les années 70 ? J’en avais gardé un très bon souvenir mais « les souvenirs sont cors de chasse dont meurt le bruit parmi le vent… », comme le dit Appolinaire. Alors, un stage sur Brecht ? Pourquoi pas ?
Je dois convenir cependant que ce qui m’avait décidé à m’inscrire, c’est le fait d’avoir vu Suzy Falk dans la pièce de Beckett "Oh ! les beaux jours !" et d’avoir été absolument émerveillé. Voilà. Dirais-je que ce stage avait mal commencé pour moi car je n’avais pu être averti à temps de la réunion de contact avec Suzy Falk avant le stage et ce, en raison d’un téléphone particulièrement capricieux, voire désinvolte ? Non. Je ne dirai rien. Si ce n’est que Suzy Falk, pour ne pas me laisser à la dérive, avait promis de me téléphoner.
Cette attention délicate pour un stagiaire absent me toucha vraiment. Mais lorsque j’eus Suzy au bout du fil, je fus véritablement séduit par une voix d’une jeunesse extraordinaire, par un allant et une gentillesse qui levèrent sans difficulté les doutes qui m’étaient venus en lisant les deux pièces que nous allions travailler. Oui, j’avais trouvé que ces textes avaient vieilli. Ce discours politique me paraissait dépassé… mais "Priez Dieu que tous me veuillent absoudre !".
Eh bien, Suzy Falk a réussi à me faire entrer dans ces textes au point d’en découvrir toute la profondeur et la brûlante actualité. Voyez : « Ça fait trop longtemps qu’il n’y a pas eu de guerre par ici, on le sent. D’où viendrait la morale, hein ? La paix, c’est la pagaille, pas autre chose, seule la guerre crée l’ordre. Etc … ».
Par ailleurs, Suzy a fait avec nous un travail de direction d’acteurs d’une grande précision, elle nous a appris à « entrer » dans le texte car « tout est dans le texte », et à entrer donc dans une interprétation fouillée de nos rôles: trouver le ton juste à partir de l’intention jusque dans le geste. Une exigence, oui, mais doublée d’une perspicacité inouïe et d’une patience qui fait rêver…
Pouvions-nous espérer plus ? Non. D’autant que, pour ceux qui s’intéressaient aussi à la mise en scène – et j’étais de ceux-là – il y avait un ensemble d’indications extrêmement précieuses quant à la mise en place et à la direction d’acteurs. J’ai terminé le stage avec le sentiment d’avoir rencontré une très grande comédienne et un être humain d’une qualité exceptionnelle, ce qui est un privilège absolu.
Et même, au travers de tout cela, nous avons reçu en plus une sorte de leçon de vie. Et je me dis que nous, les comédiens amateurs, faisons du théâtre parce que nous l’aimons, certes, mais aussi parce que la vie nous relance sans cesse avec son mystère. Parce qu’une force nous pousse à tenter de décrypter, ne fût-ce qu’un peu, ce qu’est notre condition humaine.
André Finn, le 25 mai 2004.