Un stage qui aurait pu aussi s'intituler " J'aime Molière ! (grand clin d'oeil à Pierre !) ; comment faire aimer Marguerite Duras " ?
14 à table, à lire Argan, Toinette, Béline, Mr de Bonnefoi, Angélique, et j'en passe…, Pierre Lannes, Claire Lannes, l'interrogateur, avec chacun sa couleur et son humeur, toutes justes, toutes qui viennent s'enrichir l'une l'autre.
3 metteurs en scène avec 3 optiques différentes, qui se choisissent chacun un Argan, une Toinette, etc, 2 Claire, 2 interrogateurs; 3 premiers actes du "Malade imaginaire", 6 deuxièmes actes de l'"Amante anglaise", qui se montent sous les yeux de tout le monde, toujours. Et comment oublier certaines trouvailles, telles que par exemple "Le malade imaginaire" dans un décor de pot de chambre… ?
Comme metteur en scène, comment convaincre ses comédiens, comment aller jusqu'au bout de sa conviction, comment s'enrichir de la différence de l'autre et conserver sa différence, sa conviction ? C'est le même texte de Molière, parfois les mêmes comédiens (Angélique) et ce sont 3 spectacles différents. Et tous 3 respectent la pièce. Et c'est aussi le même texte de Marguerite Duras, répété et cependant différent. Jusqu'où aller ? jusqu'où ne pas aller ? Est-ce qu'il est plus juste de monter une pièce dans son historicité - que ce soit au 17ème siècle ou il y a 30 ans - ? Est-il juste de monter une pièce dans sa modernité ? ou est-il plus juste de la monter en y intégrant l'histoire ?
Pierre, toi qui ne veux pas enseigner, qui trouvais présomptueux de penser qu'en 8 jours seulement, tu pouvais nous apprendre quelque chose, qui me disais : " Mais comment veux-tu que je fasse, il y a tant de choses à dire, tant de choses à … à … à … ", eh bien nous sommes assez présomptueux pour dire qu'en 8 jours nous avons beaucoup appris de toi : tu nous as apporté, outre ton enseignement (eh oui… !) si précieux, ton énorme expérience, toute ta richesse intérieure et toute celle de tous les participants que tu as pu faire éclore ; et nous avons reçu toute ta chaleur et tant d'autres choses avec elle.
Comme tu le dis si bien, "un metteur en scène doit aimer ses comédiens" et "mettre en scène, c'est convaincre dans la chaleur". Tu nous as bien aimés … et vocation (et talent !) et créativité de metteurs en scène et de comédiens se sont révélés. Et, je pense pouvoir le dire sincèrement au nom de tous les participants, nous aussi, nous t'avons aimé. Et puis maintenant, nous aimons Molière ! et nous avons aimé travailler Marguerite Duras ; même, un peu plus timidement certes - il manque encore à quelques uns peut-être un peu de ta conviction - nous aimons Marguerite Duras !
Car, je ne sais comment, est-ce par la magie de tes 10.000 anecdotes ? est-ce par ton immense simplicité et par ton attention extraordinaire de tous les instants à chacun ? tu as soudé un groupe qui n'as plus vécu, de 9 heures du matin jusque souvent 22 heures, parfois plus tard, que pour et par Molière et Marguerite Duras. Et les " Chienne ! " et " Carogne ! " qui ont résonné à Borzée durant 8 jours étaient des mots de complicité et d'amitié.
Si un stage passe toujours trop vite, celui-ci, comme le dit la Claire de Marguerite Duras à propos du temps qui passe, celui-ci a passé " A cent à l'heure, comme un torrent ".
Dis-moi, notre bulle de théâtre ; ça ne mène pas à … ? Car, qu'est-ce qui l'a menée au crime, Claire Lannes ? tu ne le sais pas, nous ne le savons pas et c'est cela qui est merveilleux ! Car tu nous as donné la liberté et la richesse de cet indicible !
Et malgré ta soif de dire, dans le travail, tu nous as donné la parole, tout le temps.
Pierre, Merci !
Une participante et une organisatrice comblée !