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Personnage en crise - Crise du personnage

Atelier "comédien" animé par
Vincent DUJARDIN

le WE des 28 et 29 octobre 2006

Deux comptes rendus de participants


Une plongée insondable dans nos profondeurs intérieures

Le stage "Personnage en crise, crise du personnage" animé par Vincent Dujardin ne fut pas un stage: il fut une leçon de connaissance, de connaissance de nous-même. Dans un monde où l'urgent concurrence l'argent, où l'éphémère côtoie l'inexprimé, il est en effet indispensable de réapprendre à nous comprendre nous-mêmes.

Nous possédons 5 sens (6 avec la pensée) pour communiquer, mais combien ces deux jours passés nous ont montré la pauvreté de notre maîtrise de chacun de nos sens! Apprendre à toucher, à se toucher, à voir, à se regarder, à entendre, à s'écouter, même faire (re-)naître un personnage de nos tripes, à sentir les soubresauts intérieurs que jouer sur le fil du rasoir engendre en nous, tout cela est important pour le théâtre, mais également indispensable dans notre vie quotidienne.

Avec "Les Aveugles", c'est un autre monde, a priori froid et obscur, que nous avons pu découvrir. Bien sûr, je ne suis pas aveugle, mais si j'ai pu percevoir une partie des problèmes auxquels les non-voyants peuvent être confrontés dans leur quotidien, j'ai pu également découvrir la richesse de communication et de ressenti qui existe en chacun de nous. Vibrations, cris, pleurs, odeurs, mouvements, tâtonnements ont livré - ou délivré? - d'autres facettes de nous-mêmes que nous n'explorerons jamais assez.

Ces deux jours nous ont permis d'apprendre un peu plus à être... merci à vous tous et au maître d'œuvre Vincent Dujardin!

Vincent Thieren


"On ne peut pas cracher en l'air et dire qu'il pleut !..."
"Je cliche à peine…"
"Le comédien connaît son texte, le personnage ne le connaît pas !..."

Les participants à l'atelier "comédien" de la fin octobre 2006 reconnaîtront certainement dans ces propos la verve et l'enthousiasme (communicatif) de Vincent Dujardin.

Il s'agit de vivre son personnage de l'intérieur et non pas d'appliquer des techniques artificielles. Le théâtre, c'est un travail ; il faut de la rigueur, partir du vécu et du quotidien et retrouver la vérité de la sensation. Ainsi le "savoir faire" se transformera en "savoir être".

Nous commençons par un bon échauffement. Chaque segment du corps se trouve un à un réveillé. Quelle détente ! Vincent nous entraîne ensuite dans une ronde aux regards. Deux paires d'yeux s'accrochent et s'interpellent, le temps d'échanger ou de susciter un sentiment. Et c'est la connivence, le jeu, la domination, voire le rire. Nous nous étonnons de rencontrer une plus grande complicité le lendemain. La synergie du groupe fonctionne bien !

L'observation est fondamentale à l'élaboration du personnage. Nous voici donc impliqués, pour notre plus grand plaisir, dans le jeu des mimes en cascade. Alors que le premier acteur ouvre le rideau, abaisse l'espagnolette, passe sur le balcon et salue un passant, le dernier reproduit timidement des gestes flous… ceux, peut-être, des essuie-glace sous la pluie ?!

Le rapport à l'accessoire prend, lui aussi, une allure ludique. Ainsi, une raquette de badminton devient tour à tour pagaie, balancier, cornet de glace, ouvrage à broder, etc.

Grâce aux saynètes, chacun travaille sur la vérité de la sensation. Pistes précieuses que celles tracées par :

  • Garcia Lorca (Jany et Estelle) : le malheur personnifié par la marâtre, face à sa fille ;
  • Foss (Myriam) : le tragique au quotidien d'une femme exaspérée par l'inertie de son mari ;
  • Strindberg (Virginie et Vincent) : la domination perfide d'une aristocrate sur son domestique ;
  • Musset (Jérôme) : le drame d'un homme empêtré dans un complot ;
  • Tchekhov (Mario et Anne-Michèle) : l'affrontement burlesque d'une veuve et de son créancier ;
  • Cocteau (Anne-Michèle) : le monologue désespéré d'une amoureuse éperdue et éconduite.
  • Il arrive que Vincent intervienne activement et de manière impromptue dans le déroulement de la scène. Il soufflera, par exemple, à l'oreille du mari inerte de siffloter pendant les récriminations de son épouse, ce qui aura le don d'agacer celle-ci et la fera modifier son jeu.

    Vient ensuite le bouquet final : "Les Aveugles" de Maeterlinck. Cette pièce ne fait pas l'unanimité au départ mais l'expérience se révèle passionnante et enrichissante. Les yeux bandés et vêtus d'un poncho, nous évoluons dans une forêt obscure. Le guide a disparu. Abandonnés, nous sommes déconcertés et chacun réagit à sa manière, en exprimant sa préoccupation première.

    - "Il ne revient pas encore !"
    - "Quelqu'un sait-il où nous sommes ?"
    - "Je suis assis sur des feuilles mortes !"
    - "Sommes-nous près de la mer ?"
    - "Il faisait très beau ce matin ;…"

    En fait, derrière les mots, il y a autre chose : la notion du silence, la sensation du cosmos, un langage propre qui conduit à une certaine transcendance.

    MERCI, Vincent, pour cette brillante démonstration. Tu nous as permis de développer nos sens et aidés à mieux percevoir la personnalité de l'autre.

    Merci aussi à toi, Christine, pour la belle organisation de ce week-end et pour nous avoir permis, grâce à ton expérience personnelle, de connaître un peu mieux le monde des malvoyants.

    Anne-Michèle Lovens