13 juillet 2008, arrivée à La Marlagne aux alentours de 11h. On débarque les bagages de la voiture, on rencontre les premiers stagiaires et Vincent devant et dans le hall d'entrée. On ne prend pas encore la peine de discuter à bâtons rompus car le premier objectif est clair : trouver les chambres, se débarrasser des sacs, s'installer et puis...manger. Oui, il s'agit bien de la première chose que nous ayons faite : manger ! Et là, le premier mythe tombe : on mange bien et beaucoup à La Marlagne. Un peu surpris au premier abord par la quantité et les horaires hâtifs des repas, le rythme et l'intensité du travail nous feront vite comprendre l'utilité de cette organisation.
Autour de la table, l'ambiance est détendue, même si au fond de l'estomac se tord légèrement la boule qui se demande à quelle sauce nous allons être mangés. Les premiers échanges entre partenaires se font: nous avons là une belle brochette de comédiens et/ou metteurs en scène expérimentés ou non. Peu importe, l'envie semble au rendez-vous. Malgré ma grande taille, je me sens un peu petit face à certains CV de mes partenaires. Mais après tout, nous sommes là pour apprendre et pour nous planter (dixit Vincent), nous sommes donc tous logés à la même enseigne.
Après le repas, voici arrivée la première séance de travail: une rapide approche théorique sur le symbolisme et le naturalisme. Le soir, nous avons droit à deux vidéos: Le Silence de Ingmar Bergman et Allô Police de Manu Bonmariage. Deux visions très fortes qui semblent en bousculer plus d'un. Il est maintenant temps de se détendre un peu avant d'aller se reposer : demain, les choses sérieuses commencent !
Première séance de training du comédien, premier briefing, répartition des groupes de travail et en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire, nous voilà occupés à mettre en scène des extraits de L'Intruse (Maurice Maeterlinck), de Les Présidentes et Excédent de Poids (Werner Schwab), de Le Nom et La nuit chante (Jon Fosse). Quatre modules, dix scènes, cinq metteurs en scène, douze comédiens et un chef d'orchestre. Un énorme saut vers l'inconnu pour chacun de nous, un théâtre qui paraît d'un abord successivement minimaliste, excessif ou ringard... un théâtre qui se révélera au fur et à mesure être en réalité sensible, subtil et imagé.
Dès les premières séances de travail, plusieurs éléments frappent. Le premier est le cadre de travail posé par Vincent qui est radical de clarté : on est là pour essayer sans juger personne, "et je vous souhaite de vous planter ! S'il vous plaît, plantez-vous !". Le deuxième est l'enthousiasme général dégagé par tout le groupe : on se lance, on fonce, on se donne. Le troisième élément est la diversité des propositions apportées par les metteurs en scène et les comédiens. L'un s'appuie sur le côté outrancier de Schwab pour partir dans un délire parfaitement maîtrisé. Un autre offre une vision très onirique du symbolisme. Un autre encore pousse l'ambiance pesante à son paroxysme tandis que d'autres dépouillent au maximum et travaillent sur la simplicité et la vérité. Autant de pistes et de visions différentes, originales et assumées, malgré les doutes légitimes du début. Le tout, parfaitement encadré par les conseils avisés et l'enthousiasme de Vincent, qui, avec son approche très humaine et pleine de tact, sait recadrer les choses tout en mettant constamment en avant les éléments positifs présents.
Au fil des jours et des séances, les choses se mettent doucement en place, la fatigue s'installe mais l'ambiance et la motivation ne cessent de s'améliorer. Je ne peux d'ailleurs m'empêcher d'évoquer le soir de ce jeudi 17 juillet qui se déroula au Saint-Loup à Namur. Ce soir-là naquit une nouvelle danse qui fera fureur d'ici peu : rideau, espagnolette, on avance, on ouvre, balcon, gauche, droite, gauche, droite, la main, on recule, on referme ! Un grand moment ! Pour les personnes intéressées, il vous suffit de demander aux participants du stage.
Le moment des présentations finales est l'occasion de découvrir des scènes d'une qualité dont on se demande comment elle a pu être atteinte en si peu de temps. Nous sommes retournés dans tous les sens, successivement émus, touchés, amusés, dérangés, transportés dans une autre dimension. Une journée entière de présentations, 1000 émotions différentes. Nous voici déjà à la fin de ce qui semblait si loin et si inaccessible sept jours plus tôt.
La pression, montée à son paroxysme, retombe enfin, la fatigue et la satisfaction peuvent nous submerger. Allons nous détendre, nous reposer, et demain, nous finirons en beauté avec un débriefing, avant de nous quitter pour reprendre une vie normale, quoique probablement pas exactement pareille.
Le débriefing fut à l'image du reste du stage, sincère et chargé d'émotion. Chacun a eu l'occasion d'exprimer son ressenti sur le stage : que du positif! Dans le désordre, nous retiendrons : un engagement total de tous vers un objectif commun d'apprentissage; un respect infini de tout le monde; une organisation sans faille, garante de la réussite du stage; une superbe structure de travail proposée par Vincent et un enthousiasme sans faille de sa part; beaucoup d'échanges, de découvertes et de choses prometteuses en devenir. Pendant une semaine, nous avons vécu en groupe, dans le sens le plus noble du terme. Ce stage fut une sorte de parenthèse un peu hors du temps, dans laquelle les contingences de la réalité quotidienne nous étaient étrangères, pour nous permettre d'atteindre notre objectif.
Pour terminer, en ce qui me concerne, beaucoup de mes attentes pour ce stage n'ont pas été atteintes, mais largement dépassées. On s'est d'ailleurs déjà donné rendez-vous l'année prochaine. Qu'on se le dise !
Xavier Liégeois