L'ABCD nous a-t-elle proposé cet été un stage théorique pour metteurs en scène en mal de prise de tête ? Pas du tout : un stage très pratique, qui concernait autant les acteurs que les metteurs en scène, avec un jeune animateur joyeux, passionné et à l'écoute.
But du stage en d'autres mots: comment rassembler ce qu'il faut pour que les acteurs puissent au mieux s'épanouir et jouer juste. Emmanuel nous rappelle dès le départ qu'il n'y a pas de truc miracle, pas une unique réalité, mais qu'on peut chercher les obstacles à cette justesse.
Dans l'évolution du travail sur une pièce, le comédien devrait d'abord nourrir son personnage avec des recherches au sujet de la pièce, du contexte de l'époque, de l'attitude physique, ou tout autre possible passé du personnage, de manière à assimiler ces informations et à les intégrer à sa propre personnalité. Car le personnage n'existe pas sans le comédien. Par exemple, le personnage de Sordo est Sordo par Jérome, avec la personnalité de Jérome. Ce travail peut être aussi aidé par des impros : on a demandé à Jérome de jouer Sordo dans une situation en rapport avec la pièce ou en lui posant des questions concrètes sur la vie de Sordo. A Jérome d'imaginer.
Si, lors de répétitions, le comédien a trouvé quelque chose d'intéressant (un effet, une émotion, …), comment la reproduire sur scène par la suite ? Souvent, c'est impossible de retrouver la vérité de cet instant mais on peut essayer de trouver ce qui a généré ça, ou de profiter d'autres instants de vérité. Ainsi lors du stage, je me suis trompé un jour dans mon texte, mes partenaires ont rebondi sur mon erreur : " Quel cadeau " dit alors Emmanuel, " Quel moment de vérité ". Cela nous a fait rire, mais aussi réfléchir…
Lors des représentations, il n'est plus temps de se regarder, de sentir son corps comme lors des répétitions. Le comédien est dans le présent et réagit à ce qui se passe, aux autres comédiens et au public. Le personnage doit avoir un but en entrant sur scène, puis réagit avec les autres : chaque parole dite, chaque réplique est en réaction à ce qui vient de se passer et dans le but de changer quelque chose chez ses partenaires. La difficulté pour le comédien, c'est comment se laisser surprendre par ce que disent ou font ces partenaires, alors qu'il connait le texte. Il faut essayer d'aller au plus simple, sans perdre sa fantaisie, son imagination.
Le personnage se définit par ses actions, non par ce que le comédien veut qu'il montre.Quel est le rôle du metteur en scène dans tout ça ? Il doit avoir une relation d'égal à égal avec le comédien. Il met les choses en place, suggère et se met à la place du spectateur. Le comédien doit porter la parole, donner un sens mais pas donner des solutions, plutôt poser des questions au public. Le public est lui aussi un partenaire et influence la pièce.
En résumé, un super stage d'une semaine à La Marlagne avec un animateur génial, un groupe adorable et très respectueux, une bonne nourriture et une organisation sans faille. Merci !
A recommander pour s'amuser, s'ouvrir et remettre en question ce qu'on croit acquis.
A ce propos, une petite pour la route : " Le théâtre n'apporte pas plus de sens mais plus de vie ".
Yves-Dominique Delmarcelle
On cherche parfois, pendant des années, comment pouvoir s'imprégner d'un personnage. Alors qu'en restant "soi-même" à travers monsieur X, on commence déjà à le construire.
Toute école théâtrale de base nous informe, dès le départ, de cet indice si simple. Par contre, pour y arriver, il y a un chemin à suivre. Cette route, si agréable, beaucoup de troupes amateurs n'ont pas forcément les bons plans pour y accéder.
Une semaine de conseil avec des mots simples, par un homme simple, passionné et motivé m'ont permis de trouver le départ de ce long sentier. Un raid que nous avons commencé à 14. Un dropping de 8 jours pendant lequel nous avons pu flâner, sentir, toucher, jouer. Ré-ouvrir la porte de notre enfance, singer la saveur d'un citron imaginaire et, même à distance, ressentir les émotions de son dernier baisé échangé avec son/sa bienaimé(e)…
Pendant ce parcours, nous savions que la rencontre avec d'autres était prévue. Nous ne les connaissions pas mais étions renseigné ssur leur métier, leur vie, leur passion. Un minimum de connaissance sur ces personnages était obligatoire. Pour ce faire, ils nous avaient écrit un mois avant concernant leur situation actuelle.
A peine un jour de progression et nous les aperçûmes : Carpeta, sa copine Galactia et sa fille Supporta. Rivera, Sordo, Ostensibile et son complice Urgentino. Et même un prisonnier… Tous étaient des personnages touchants. Nous avons appris à les aimer en se permettant de leur poser toutes les questions que l'on souhaitait. Nous avons même pu terminer la semaine en s'intégrant dans leurs vies privées et professionnelles. Et ce, en se laissant aller à travers eux… à travers leurs yeux…
Durant cette semaine, aucune concentration n'était utile. Uniquement de l'attention. Les consignes étaient de voir les choses plutôt que de vouloir les montrer. Rebondir et réagir à celui qui nous parle, tout simplement. Vivre le "ici et maintenant". L'essentiel était de rester dans son humanité, se laisser aller dans sa fantaisie. Rien n'était mauvais, mais simplement à améliorer. Une semaine sans peur, pas de diable parmi nous. Se Lâcher… On pouvait rigoler, mais ne jamais se moquer.
Ma route est encore longue et même sans fin pour atteindre les moments de grâce. Mais cette semaine m'y aidera…
Une semaine qui confirme qu'une personne décidant d'aller sur scène a surtout une parole à donner plutôt que, ce cliché, d'avoir uniquement un besoin de reconnaissance.
Je remercie notre talentueux guide Emmanuel et tous les pèlerins pour leur "humanité" durant cette magnifique semaine d'une illusion comique…
François
Des appréhensions ! Comment vais-je traverser cette expérience de vie communautaire avec des gens que je ne connais pas ? Je dois vous avouer que ma seule expérience en la matière remonte à ma huitième année, il y a donc quelques décennies. Mes parents m'avaient "envoyée dans un home" à la mer pour quinze jours et après trois jours, je les suppliais de venir me rechercher…
Et bien s'il y a quelques hésitants, je peux les rassurer tout de suite. Je n'ai peut-être jamais vécu une expérience humaine aussi enrichissante. Notre groupe a fonctionné d'emblée comme une merveilleuse machine dont tous les rouages s'imbriquaient et se complétaient parfaitement. Il faut dire que nous avions un excellent chauffeur en la personne d'Emmanuel Dekoninck. Je connaissais l'excellence de ses prestations de comédien et j'ai ainsi pu apprécier ses qualités humaines qui sont à la hauteur de son talent. Grâce et avec lui, nous avons beaucoup et bien travaillé et nous avons été heureux de partager avec lui tous ces moments d'exceptions.
Et pour clôturer ce tableau, je peux vous certifier que nous étions tous très tristes de nous quitter après cette semaine qui a passé beaucoup trop vite.
Rose-Marie Gason.
Nos stages sont organisés avec le soutien de l'ITA et de la FNCD