- Toi, tu as quelque chose à me dire…
- Pas par là, c'est sans issue !
- Pourquoi seulement aujourd'hui ?
- Aidez-moi ! Oui, là, c'est très bien (sic).
- Tout ce sable, c'est effrayant !
Vous avez envie de vous essayer à l'écriture dramatique ? d'écrire un chef-d'œuvre théâtral définitif ? de devenir le Shakespeare, le Molière ou le Rostand du XXIe siècle ?
Commençons modestement par coucher une scène sur le papier. Ingrédients de base : des consignes, histoire de ne pas se faire dévorer par la page blanche. Vous vous imposez (ou "on" vous impose), par exemple, d'utiliser l'une ou l'autre des répliques transcendantales ci-dessus. "On" y ajoute l'emploi obligé d'une boite d'allumettes (en essayant de vous faire croire que c'est important). "On" y ajoute encore la nécessité de choisir un lieu plutôt inhabituel, genre décharge municipale ou cage d'un singe bonobo au zoo (surtout ne pas se préoccuper des soucis du scénographe ou du metteur en scène : ils sont là pour résoudre les problèmes que posent les auteurs !). Vous choisissez l'un ou l'autre personnage dans la galerie proposée par vos petits camarades de stage (dont l'imagination est sans limite) et vous écrivez…
Jusque là, c'est assez facile : après une heure, une réplique en amenant une autre, vous êtes parvenu à caser la boite d'allumettes dans le sable de la cage du bonobo, vous revenez tout fier à la table commune et… les ennuis commencent : "on" vous demande ce que fait ce sable, précisément dans une cage de singe, pourquoi le gardien hermaphrodite que vous aviez repéré dans la galerie précitée y a égaré une boite d'allumettes, etc. Après quelques minutes, vos explications alambiquées ne rencontrent plus que mimiques sceptiques et moues désapprobatrices : vous avez compris que votre chef-d'œuvre resterait encore longtemps… incompris à moins, à moins de ne pas vous décourager, de remettre l'ouvrage sur le métier et de découvrir que l'écriture requiert imagination, certes, mais aussi rigueur, vraisemblance et cohérence.
Merci à Thierry DEBROUX (le "on" ci-dessus) de nous avoir fait vivre ces expériences et d'avoir partagé la sienne durant le stage qui nous a réunis au Collège St-Michel les 29 et 30 avril derniers. Merci aux participants pour leur écoute et leur patience : vu le nombre, les tours de table étaient assez longs mais toujours intéressants. Merci enfin à Christine Welche et à Roland Bekkers pour l'organisation, l'accueil et l'intendance.
A l'occasion, n'hésitez pas à vous frotter vous aussi à l'écriture dramatique. On a souvent des talents qui ne demandent qu'à s'exprimer.
Le théâtreux gribouilleur